Un texte est fait d'écritures multiples, issues de plusieurs cultures
et qui entrent les unes avec les autres en dialogue, en parodie, en contestation
; mais il y a un lieu où cette multiplicité se rassemble, et ce
lieu, ce n'est pas l'auteur, comme on l'a dit jusqu'à présent, c'est
le lecteur : le lecteur est l'espace même où s'inscrivent, sans qu'aucune
ne se perde, toutes les citations dont est faite une écriture ; l'unité
d'un texte n'est pas dans son origine, mais dans sa destination, mais cette destination
ne peut plus être personnelle : le lecteur est un homme sans histoire, sans
biographie, sans psychologie ; il est seulement ce quelqu'un qui tient rassemblées
dans un même champ toutes les traces dont est constitué l'écrit.
[
] Le lecteur, la critique classique ne s'en est jamais occupée ;
pour elle, il n'y a pas d'autre homme dans la littérature que celui qui
écrit. [
] Nous savons que, pour rendre à l'écriture
son avenir, il faut en renverser le mythe : la naissance du lecteur doit se payer
de la mort de l'Auteur.